Je sens le vent contre mon torse bombé et mes cheveux sont complètement défaits mais je ne fais pas attention, je ris sans vraiment écouter ce qu’on me dit. II est presque l’heure et je me dis que bientôt je devrais remonter pour éviter la cohorte de bouffons qui risque d’affluer d’une minute à l’autre. Je tire une taffe, c’est cool, j’arrive à impressionner les meufs sur ma gauche qui me regardent du coin de l’oeil. Je crois qu’elles aiment bien mes desert boot, navy blue à lacets beiges, 100% suede. Derrière moi le tonnerre gronde et je sursaute, les meufs aussi. L’une d’elle s’appelle Anaïs, on s’était vaguement croisés dans un bar hype fréquenté par la bourgeoisie marseillaise. Les mecs y ont les cheveux longs et les meufs se baladent en balenciaga et chloé, mais pas elle, elle elle avait un énorme caba louis vuitton, et elle fumait des menthol.
Je fini ma cigarette et les gens commencent à sortir pour la traditionnelle pause-clope de 4h mais je n’ai plus envie de remonter, Anaïs et ses amies sont encore là et surtout, je suis trop bien habillé pour ne pas me montrer. Ouais ouais, je préfère le narcissisme à la misanthropie. Faut dire que sous mes airs de nonchalant satirique je suis comme les autres. J’ai besoin de booster mon égo de temps en temps en exhibant ma binette. On marche donc vers les bancs, les fameux bancs de la fac, des bancs à la structure tellement biscornue que je me défonce le cul à chaque fois que je m’y pose, et je ne sais pas trop pourquoi mais je revois ce clip obscur où une meuf danse sensuellement dans une pièce remplie d’homme, bukkake en prévision, et la courbe de ses hanches épouse parfaitement le fauteuil art-nouveau qui trône au milieu de la pièce. Une vidéo très Barcelona de Gaudi. Je jette un regard vers Anaïs et ses amies juives, elles sont toujours là et l’une d’elle me regarde mais c’est la plus moche alors je tourne la tête et j’essaie de me concentrer sur la conversation. Une sombre histoire de poursuite dans les rues d’Aix avec un groupe de hip-hop. J’esquisse un sourire en pensant à Kid Cud et sa poursuit of hapiness, balance quelques ouais ouais pareil à Troy et Ahbed et leur fameux you go girl ! mais tout ça me passe par dessus la tête. J’ai jamais été vraiment doué pour écouter les autres parler, sauf quand on parle de moi. Les gens continuent de sortir et la pluie les empêche de bouger ailleurs alors ils s’entassent près de nous, sous le minuscule préau qui sert de coin fumeur, et j’en suis ravi parce qu’un mec en premier année à la beauté époustouflante vient s’assoir près de nous. Je crois qu’il s’appelle Louis mais la profile picture était trop petite alors j’en suis pas sûr. Il est accompagné d’une blonde, petite, très belle mais aucun charme, je la fixe intensément jusqu’à ce qu’elle tourne la tête vers moi et je la reconnais, je l’avais branchée lors d’une soirée fin d’exam en janvier, une voix nasale dégueulasse mais des seins qui vous mettent la trique en une fraction de seconde. J’avais tenté de l’embrasser mais elle m’avait rembarré. pourquoi? tu me trouves pas beau? c’est pas ça mais t’es complètement bourré et t’es affalé sur moi, j’arrive même pas à marcher! paye moi un verre et on verra comment ça se passe. Depuis je l’ai recroisée plusieurs fois à la fac mais je l’ignore complètement parce que j’ai d’autres chattes à fouetter.
Mes amis décident de remonter mais je n’y tiens pas alors je reste sous prétexte de griller une dernière clope. Je me lève, rabats la capuche de mon hoodie et fais quelques pas en prenant soin de marcher exclusivement sur les dalles du sol, et non pas les jointures. Plaisir enfantin. Je m’appuie contre un poteau et je vois des gens courir pour s’abriter de la bruine devenue averse. Derrière moi un groupe de mecs discutent politique, j’essaie de comprendre leurs arguments, je cherche un fait exploitable dans leurs litanies mais tout ce qui ressort c’est cette arrogance de dandy de supermarché palpable chez 90% des mecs de la fac. Tout autour, le préau commence à se vider. Les étudiants retournent travailler, Anaïs n’est plus là et je ne l’ai même pas vue partir. Louis et Blondie sont toujours assis mais je n’ai plus envie de jouer au traditionnel hide and seek visuel qui s’installe entre ma proie et moi, et puis cette lucky a un goût bizarre sur ma langue. Je devrais peut-être tenter les convertibles.
1 year ago