NAME-DROPPING À GRANDE VITESSE

Je rentre d’une soirée pression-clopes avec de vieux amis du lycée et la conversation a taquiné de l’albert camus, du communisme dans les pays de l’est et du cinéma de genre. C’était une ambiance particulière, une sensation familière de liberté intellectuelle spécifique à ces vieux potes qui parlent pornographie pédophile et blaxploitation avec la même légèreté de ton. J’aime à croire qu’ils sont déments, mais c’est surtout qu’ils sont weed-high en permanence - d’ailleurs l’une des meufs avait de la kétamine.
J’avais oublié cette partie de moi. On passait nos journées à débattre de la filmographie de jarmusch ou des propos sur le bonheur d’Alain tout en s’enfilant des vieilles despe adolescentes. La dichotomie entre déchéance et pensée à son apogée, en somme.

  
     
les murs de ma chambre seront mon moleskine - HS

les murs de ma chambre seront mon moleskine - HS

  
     

JE SUIS RIMBALDIEN

Je sens le vent contre mon torse bombé et mes cheveux sont complètement défaits mais je ne fais pas attention, je ris sans vraiment écouter ce qu’on me dit. II est presque l’heure et je me dis que bientôt je devrais remonter pour éviter la cohorte de bouffons qui risque d’affluer d’une minute à l’autre. Je tire une taffe, c’est cool, j’arrive à impressionner les meufs sur ma gauche qui me regardent du coin de l’oeil. Je crois qu’elles aiment bien mes desert boot, navy blue à lacets beiges, 100% suede. Derrière moi le tonnerre gronde et je sursaute, les meufs aussi. L’une d’elle s’appelle Anaïs, on s’était vaguement croisés dans un bar hype fréquenté par la bourgeoisie marseillaise. Les mecs y ont les cheveux longs et les meufs se baladent en balenciaga et chloé, mais pas elle, elle elle avait un énorme caba louis vuitton, et elle fumait des menthol.

Je fini ma cigarette et les gens commencent à sortir pour la traditionnelle pause-clope de 4h mais je n’ai plus envie de remonter, Anaïs et ses amies sont encore là et surtout, je suis trop bien habillé pour ne pas me montrer. Ouais ouais, je préfère le narcissisme à la misanthropie. Faut dire que sous mes airs de nonchalant satirique je suis comme les autres. J’ai besoin de booster mon égo de temps en temps en exhibant ma binette. On marche donc vers les bancs, les fameux bancs de la fac, des bancs à la structure tellement biscornue que je me défonce le cul à chaque fois que je m’y pose, et je ne sais pas trop pourquoi mais je revois ce clip obscur où une meuf danse sensuellement dans une pièce remplie d’homme, bukkake en prévision, et la courbe de ses hanches épouse parfaitement le fauteuil art-nouveau qui trône au milieu de la pièce. Une vidéo très Barcelona de Gaudi. Je jette un regard vers Anaïs et ses amies juives, elles sont toujours là et l’une d’elle me regarde mais c’est la plus moche alors je tourne la tête et j’essaie de me concentrer sur la conversation. Une sombre histoire de poursuite dans les rues d’Aix avec un groupe de hip-hop. J’esquisse un sourire en pensant à Kid Cud et sa poursuit of hapiness, balance quelques ouais ouais pareil à Troy et Ahbed et leur fameux you go girl ! mais tout ça me passe par dessus la tête. J’ai jamais été vraiment doué pour écouter les autres parler, sauf quand on parle de moi. Les gens continuent de sortir et la pluie les empêche de bouger ailleurs alors ils s’entassent près de nous, sous le minuscule préau qui sert de coin fumeur, et j’en suis ravi parce qu’un mec en premier année à la beauté époustouflante vient s’assoir près de nous. Je crois qu’il s’appelle Louis mais la profile picture était trop petite alors j’en suis pas sûr. Il est accompagné d’une blonde, petite, très belle mais aucun charme, je la fixe intensément jusqu’à ce qu’elle tourne la tête vers moi et je la reconnais, je l’avais branchée lors d’une soirée fin d’exam en janvier, une voix nasale dégueulasse mais des seins qui vous mettent la trique en une fraction de seconde. J’avais tenté de l’embrasser mais elle m’avait rembarré. pourquoi? tu me trouves pas beau? c’est pas ça mais t’es complètement bourré et t’es affalé sur moi, j’arrive même pas à marcher! paye moi un verre et on verra comment ça se passe. Depuis je l’ai recroisée plusieurs fois à la fac mais je l’ignore complètement parce que j’ai d’autres chattes à fouetter.

Mes amis décident de remonter mais je n’y tiens pas alors je reste sous prétexte de griller une dernière clope. Je me lève, rabats la capuche de mon hoodie et fais quelques pas en prenant soin de marcher exclusivement sur les dalles du sol, et non pas les jointures. Plaisir enfantin. Je m’appuie contre un poteau et je vois des gens courir pour s’abriter de la bruine devenue averse. Derrière moi un groupe de mecs discutent politique, j’essaie de comprendre leurs arguments, je cherche un fait exploitable dans leurs litanies mais tout ce qui ressort c’est cette arrogance de dandy de supermarché palpable chez 90% des mecs de la fac. Tout autour, le préau commence à se vider. Les étudiants retournent travailler, Anaïs n’est plus là et je ne l’ai même pas vue partir. Louis et Blondie sont toujours assis mais je n’ai plus envie de jouer au traditionnel hide and seek visuel qui s’installe entre ma proie et moi, et puis cette lucky a un goût bizarre sur ma langue. Je devrais peut-être tenter les convertibles.

  
     

INCERTITUDE RETROUVÉE

Je ne suis pas drôle, je ne suis pas beau, je ne suis pas intelligent. J’ai longtemps fantasmé sur une vie meilleure, une vie où je porterai des costumes anthracites avec des wayfarer, les cheveux lâchés sensuellement dans le vent comme dans The Informers, esthétique eighties et mercantilisme suintant par toutes les pores de ma peau, puis j’ai réalisé que tout ça n’était qu’une vaste fumisterie. La coolness ce n’est pas rider sur une vespa mais porter des bottines marrons avec un casque sennheiser sur ses cheveux frisés. Ou dans mon cas arborer des sneakers Paul Smith tout en écoutant Plastic Bertrand sur mon touch. La voilà la vérité vraie. Je suis cool. Je suis drôle, je suis beau, je suis intelligent.

  
     

MONOLOGUES SUR LA GANGRÈNE SPIRITUELLE

Je perds de ma sagacité.
Mon vocabulaire à la sensualité chatoyante, mes tournures syntaxiques et mes références littéro-cinémato-sexuelles se sont évanouies, supplantées par des connaissances inutiles et stériles. Je ne lis plus que des traités sur la physiologie rénale post-prandiale, les films estampillés Sundance ont laissé place à des démonstrations vidéos de biologie cellulaire… Mon esprit se ramollit pour cause d’inactivité. Il faut dire que durant ces derniers mois les stimuli se sont fait rares. Ceci étant, cette année s’annonçant légère, j’annonce mon retour dans l’arène de l’intelligentsia : fini Secret Story et Twilight, voilà venue l’heure de Kundera et Finkielkraut.

  
     
     
Natasha Khan

Natasha Khan

  
     

CONCUPISCENCE D’UN ÉGARÉ CLANDESTIN

Je viens de monter des blancs en neige sans batteur électrique, merci la branlette.

  
     

SOPHISME EST INTELLECTUELLE

Phoenix - Rome de 2’12 à 3’10
La quintessence même du génie musical.

  
     

IGNORE FRIEND REQUEST

Facebook a encore changé de design, la dernière fois c’était il y a 7 mois, j’avais bien aimé la nouvelle version à l’époque, l’ancienne si on se réfère au présent, et bien j’aime beaucoup cette nouvelle mouture également.
Fuck everybody, vous n’êtes que des tapettes conservatrices.

  
     
 

J__ Tu as déjà eu l’impression que ton moral dépend entièrement des humeurs et des faits et gestes d’une personne ?

T__En quelque sorte, un sentiment d’asservissement à quelqu’un, de dépendance… Je sais pas trop c’est surement un des signes qui prouve qu’on tient tant a quelqu’un.

     
[Flash 9 is required to listen to audio.]

Jenny Wilson
Let my shoes lead me forward
(The Knife remix)

 
     
Nicola Formichetti

Nicola Formichetti

  
     

TES CRIS SE BRISENT SUR MES PHALANGES

La chaleur est étouffante et la vue des tous ces visages inconnus sous la lumière blafarde devient horriblement angoissante alors nous décidons de sortir. Dehors le vent vent souffle agréablement fort. À notre droite un vieil ivrogne urine contre un poteau téléphonique, sa tronche simiesque de baltringue avinée dodelinant lentement au rythme d’une mélopée que lui seul peut entendre. Il est petit, gros, et correspond parfaitement à l’archétype du biberonneur débauché, l’habitué du bistrot qui noie la vacuité de son existence dans l’alcool bon marché. Un guignol comme beaucoup il y en a. Et je l’observe, guindé dans mes richelieux patinés et mon caban marin, inattentif à la litanie prosélytique que nous pond Maxime et ses cheveux chatains virevoltant au gré du vent, ignorant Coralie et ses escarpins Yves Saint-Laurent sanglés en velour rouge… je suis simplement là, debout dans la nuit noire et hypnotisé par cet être misérablement beau.
La France se tiers-mondise.

  
     

ESCAPADE NOCTURNE EN RÉ MINEUR

Je me souviens du 24 décembre, j’étais allongé sur mon lit, bourré, Metronomy tentant vainement de couvrir les rires de ma famille qui montaient jusque dans ma chambre. Ils étaient heureux, heureux de se retrouver, de faire la fête, de partager ensemble ce festin que je décrirai comme passablement dégueulasse. Huîtres et moules bien fraiches. Étais-je le seul à rire de la connotation sperme/foufoune soulevée par ce repas digne d’un pêcheur breton ? Je pense bien que oui, je dois être le seul à qui la sensation d’une huître coulant dans l’oesophage évoque la délicieuse idée d’une fellation.